L'église du Capitole, Sainte Marie d'Aracoeli

L’église du Capitole, Sainte Marie d’Aracoeli

La basilique Sainte-Marie d’Aracoeli, située sur le Capitole, est l'église la plus chérie des romains, renfermant d'innombrables trésors et de souvenirs d'autres temps.

Une église pas comme les autres

Rome et ses innombrables églises. Historiques, splendides, fascinantes, envoûtantes, les adjectifs ne nous manquent pas au moment d’en parler… De ces églises, l’une d’entre elles a une valeur affective bien particulière pour les romains, un sentiment qu’on ne retrouvera pas dans les lieux de culte géants comme Saint-Pierre de Rome ou Saint-Jean de Latran, pourtant connues du monde entier. La basilique Sainte-Marie d’Aracoeli, située sur le Capitole, est cette église si spéciale, si chérie par les romains, renfermant d’innombrables trésors et d’histoires.

Santa Maria Aracoeli

Santa Maria Aracoeli

Scalinata d’Aracoeli

Quand on va au Capitole, l’ancien centre du pouvoir romain, on peut être surpris de trouver une église à l’aspect extérieur si « dénudé », contrastant de manière saisissante avec l’énorme palais blanc à ses cotés, le monument de Victor-Emmanuel II. Ses murs de briques nues, dans leur simplicité, m’on fait penser à une petite église de village… c’est bien sûr ce que je pensais avant de rentrer dedans. La montée des 124 marches de marbre, la Scalinata d’Aracoeli aurait pourtant dû me mettre la puce à l’oreille. Cet escalier est un ex-voto construit en 1348 par Simone Andreozzi. C’était une offrande à Dieu, pour le remercier d’avoir épargné la ville lors de l’épidémie de peste en 1346. On dit que si on le monte à genoux, nos pêchés seront pardonnés. Je n’ai pas tenté l’expérience, ayant toujours trouvé ridicule que Dieu puisse exaucer nos vœux parce qu’on se serait fait souffrir. En tout cas, le marbre de la scalinata proviendrait du temple dédié à Romulus, construit par Numa Pompilius, deuxième roi de Rome. Personnellement, j’ai bien sûr du mal à y croire, surtout si on considère les dates hypothétiques du règne de ce roi légendaire, successeur du fondateur de la ville lui-même, Romulus : de -715 à -673 !

Escalier de Simone Andreozzi et ses 124 marches de marbre, la Scalinata d'Aracoeli

Escalier de Simone Andreozzi et ses 124 marches de marbre, la Scalinata d’Aracoeli

Junon Moneta

Sainte Marie d’Aracoeli, ou Santa Maria in Aracoeli en italien, veut dire en français « Sainte Marie de l’autel du ciel ». Originellement, elle était connue par le nom plus simple de « Sainte Marie du Capitole ». Cette église ne fut pas construite par hasard à cet endroit. En effet, c’est à cet endroit même que la Sybille de Tibur aurait révélé à Auguste l’avènement de Jésus Christ. Cette légende est décrite dans le premier guide sur la ville éternelle à avoir été écrit, le « Mirabilia Urbis Romae ». Auguste fit alors construire sur le site un autel avec l’inscription « Ara Primogeniti Dei », autel du premier-né de Dieu. Avant la présence d’un temple chrétien, c’est le temple consacré à Junon Moneta que les romains pouvaient admirer en ce lieu. Ce temple avait la caractéristique, comme l’épithète de la déesse le suggère, d’être l’endroit où l’on battait monnaie, juste à coté du temple majeur de Rome, le temple de Jupiter Capitolin. Pour la petite histoire, c’est aussi à cet emplacement que résidaient les fameuses oies du Capitole, qui permirent d’alerter la ville lors de l’invasion gauloise de -390.

Le coucher de soleil sur les marches.

Le coucher de soleil sur les marches.

Eglise Byzantine

On ne retrouve plus rien de nos jours de cette époque, rien qui ne laisse deviner qu’il avait pu exister ici autrefois l’Auguraculum, où l’on venait consulter les augures. De même, il ne reste plus rien de l’église primitive, construite à l’époque de la domination Byzantine. En effet, le général Narsès conquis Rome en 552, réunissant la ville à l’Empire Romain d’Orient, à l’époque de l’empereur Justinien. Construite par les moines byzantins, l’église sera ainsi de rite grec, et non latin, jusqu’au début du IXe siècle, lorsqu’elle fut prise en charge par la papauté, et donnée aux bénédictins.

Pax et Bonum, sur la façade dénudée de Santa Maria Aracoeli

Pax et Bonum, sur la façade dénudée de Santa Maria Aracoeli

Eglise de la Renaissance

L’église actuelle, toujours inachevée à l’extérieur, commencera à prendre forme lorsque les franciscains en prirent le contrôle, en 1249. Ce sont eux qui lui donneront cet aspect si étrange, avec les 22 colonnes « chapardées » sur les ruines antiques, toutes différentes, sur un plan basilical. A l’époque, l’église avait un style à la croisée du gothique et du roman austère, mais les divers remaniements postérieurs lui donneront l’aspect que nous lui connaissons aujourd’hui, fidèle à la Renaissance italienne.

La statue de Cola di Rienzo, face à l'église. A gauche, le monument à Victor-Emmannuel II

La statue de Cola di Rienzo, face à l’église. A gauche, le monument à Victor-Emmannuel II

L’église deviendra au Moyen-âge le centre civil et religieux de Rome. L’ « église du Sénat et du Peuple Romain » était l’endroit où le conseil communal se réunissait, où avaient lieu les fêtes de la ville. Cola di Rienzo, un homme d’état romain amoureux de l’ancienne gloire passée de Rome, aura un rôle prépondérant dans le bref établissement de la « République de Rome ». Une statue le commémore, à l’endroit même où il inaugura en 1348 les 124 marches de la Scalinata d’Aracoeli, et à l’endroit même où il sera assassiné 6 ans plus tard.

Chaque recoin de l'église est une profusion de statues, de colonnes, d'or et d'art. Ici, la Chapelle de Sainte-Rose-de-Viterbe avec la Vierge du Tiers Ordre de Saint-François

Chaque recoin de l’église est une profusion de statues, de colonnes, d’or et d’art. Ici, la Chapelle de Sainte-Rose-de-Viterbe avec la Vierge du Tiers Ordre de Saint-François

Les chapelles que nous pouvons voir aujourd’hui datent des XVIème et XVIIème siècles. A cette même époque, le chœur et le plafond étaient rénovés. On surélèvera ce plafond, pour permettre l’existence des fenêtres que nous voyons aujourd’hui, fenêtres qui laissent la lumière entrer dans l’église. Le sol, cosmatesque, est caractéristique de nombreuses églises romaines construites ou rénovées au Moyen-âge. Il est fait d’une multitude de petits carreaux de marbre. Le plafond est un vibrant hommage à la victoire de la Sainte Ligue contre les Ottomans lors de la Bataille navale de Lépante, le 7 octobre 1571.

Le plafond à caissons,  offert par Marcantonio Colonna, amiral victorieux de la bataille de Lépante

Le plafond à caissons, offert par Marcantonio Colonna, amiral victorieux de la bataille de Lépante

Je vous avais dit que l’extérieur de l’église était étrange, inachevé : la façade était décorée de mosaïques et de fresques, mais il ne reste aujourd’hui plus que la mosaïque du tympan de la porte principale. Quand on rentre à l’intérieur, c’est une claque que l’on reçoit : la richesse des décors, des œuvres artistiques, des fresques est incroyable. Ce sont des siècles d’Histoire qui s’accumulent ici, cadeaux des croyants romains. La première chapelle, sur la droite, est décorée en 1486 par des fresques de Pinturicchio. Originellement, l’église était décorée en grande partie avec des fresques de Pietro Cavallini, mais de cette décoration il ne reste plus grand-chose : elles furent sacrifiées lors des remaniements du XVIème siècle.

La nef, avec ses lustres et son sol cosmatesque

La nef, avec ses lustres et son sol cosmatesque

Le marbre est abondamment utilisé

Le marbre est abondamment utilisé

Santo Bambino di Aracoeli

Chaque année, à Noël, les catholiques romains viennent ici, vénérer l’enfant Jésus, représenté par une statue, le Santo Bambino di Aracoeli. Cette statue, volée en 1994, n’est plus aujourd’hui qu’une copie. Elle était sculptée dans du bois d’olivier du jardin de Gethsémani. Le moine franciscain qui l’a sculptée l’apporta de Jérusalem, après bien des péripéties et des miracles. On peut se demander quel intérêt un collectionneur privé peut avoir de voler un objet si précieux et sacré pour l’âme religieuse de la ville ? Quel intérêt de dérober le patrimoine non seulement des catholiques, mais de l’Humanité ? Ce triste épisode nous en remémore un autre, celui de l’occupation par les troupes françaises en 1797, date à laquelle l’église fut transformée en… étable.

On remarque qu'aucune des 22 colonnes n'est identique : elles ont été récupérées dans les ruines romaines du Forum ou du Palatin.

On remarque qu’aucune des 22 colonnes n’est identique : elles ont été récupérées dans les ruines romaines du Forum ou du Palatin.

L’église renferme bien d’autres trésors, comme l’icône byzantine de la Vierge et l’enfant, la Madonna d’Aracoeli, peinte sur bois de hêtre. Elle est datée du XIème siècle, mais certains historiens pensent qu’elle serait bien plus ancienne, de l’époque même où l’église était un monastère byzantin, au VIème siècle. C’est cette icône qui fut vénérée et portée dans les rues de Rome lors de l’épidémie de peste de 1348, et à qui on attribue la rapide fin de la plaie.

La richesse de la décoration est bien visible sur cette photo, entre les tableaux, le lustre, le plafond ou les colonnes…

La richesse de la décoration est bien visible sur cette photo, entre les tableaux, le lustre, le plafond ou les colonnes…

C’est ce contraste, entre l’extérieur et l’intérieur que je retiens, dans un lieu si sacré, depuis l’époque des anciens rois de Rome. Un endroit qui est l’âme de Rome, mille fois sacré et chéri de ses habitants. Au-delà du simple édifice, il y a toute cette Histoire, que l’on respecte et que l’on admire. Santa Maria di Aracoeli est un de ces lieux uniques, qui prennent toute leur importance quand on en apprend un peu plus sur ses origines…

Photos de Santa Maria di Aracoeli

Détails sculptés dans le bois, des êtres mi-homme, mi-oiseau

Détails sculptés dans le bois, des êtres mi-homme, mi-oiseau

Toutes les chapelles sont abondamment décorées

Toutes les chapelles sont abondamment décorées

Chaque chapelle est protégée par une grille. Note spéciale pour le petit ange en haut à gauche.

Chaque chapelle est protégée par une grille. Note spéciale pour le petit ange en haut à gauche.

A droite, l'autel de Santa Maria Aracoeli

A droite, l’autel de Santa Maria Aracoeli

Ce tombeau est poli par des siècles de passage

Ce tombeau est poli par des siècles de passage

Sous ce baldaquin reposent les reliques de Sainte Hélène, mère de l'empereur Constantin

Sous ce baldaquin reposent les reliques de Sainte Hélène, mère de l’empereur Constantin

Curieux effet tridimensionnel pour cette scène

Curieux effet tridimensionnel pour cette scène

Seul le devant de l'église possède des chaises pour les fidèles. On peut voir comme ça le sol qui reflète la lumière des lustres

Seul le devant de l’église possède des chaises pour les fidèles. On peut voir comme ça le sol qui reflète la lumière des lustres

Nous sommes dans l'église du Capitole, le centre politique de Rome : le SPQR ne pouvait manquer à l'appel.

Nous sommes dans l’église du Capitole, le centre politique de Rome : le SPQR ne pouvait manquer à l’appel.

La lumière rentre par les grandes fenêtres en haut de la nef, épaulées par les lustres.

La lumière rentre par les grandes fenêtres en haut de la nef, épaulées par les lustres.

Derrière l'autel, l'orgue

Derrière l’autel, l’orgue

L'église est illuminée par une lumière naturelle, mettant en valeur les trésors artistiques de ses murs et de l'inscription à la gloire du pape Urbain VIII

L’église est illuminée par une lumière naturelle, mettant en valeur les trésors artistiques de ses murs et de l’inscription à la gloire du pape Urbain VIII

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