Augusta Emerita, capitale de Lusitanie romaine

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On associe souvent la Lusitanie au Portugal. Pourtant, si on veut connaître la capitale de cette ancienne province romaine, c’est en Espagne qu’il faut aller !

Les volontés nationalistes de nos états modernes ont fait beaucoup de tort à l’Histoire. On parle des gaulois comme si c’étaient des français, des daces comme s’ils étaient roumains ou des lusitaniens comme s’ils étaient portugais, parmi tant d’autres exemples. Pour le Portugal, c’est d’autant plus flagrant que le « berceau » historique du pays est à Guimarães, dans le nord, une région qui ne fit jamais partie du territoire lusitanien.

Je suis d’origine portugaise, et l’histoire romaine me passionne. La visite de la capitale de la province où vivaient mes ancêtres romains était ainsi pour moi obligatoire ! Quelques jours en plein été dans la belle ville de Mérida m’ont permis de découvrir les extraordinaires vestiges du passé qui s’y trouvent, patrimoine mondial de l’Humanité selon l’UNESCO. Un patrimoine deux fois millénaire, concernant tous les aspects du quotidien des lusitaniens de l’époque impériale romaine que nous allons découvrir…

Plan de Mérida et de ses vestiges romains.
Plan de Mérida et de ses vestiges romains.

Origine de Mérida

Une ville pour les vétérans de guerre

Mérida se trouve en pleine Estrémadure espagnole, une des régions les plus désertes d’Europe. Son glorieux passé et sa centralité lui permirent d’avoir été choisie en 1983 comme capitale de la communauté autonome d’Estrémadure, devant Caceres et Badajoz, pourtant bien plus peuplées.

En 29 av. J.-C. l’empereur Auguste est déterminé à conquérir toute l’Hispanie. C’est le début des « guerres cantabres », dans le nord de la péninsule ibérique, visant à soumettre les peuples cantabres et astures définitivement. Cette guerre, difficile, dura dix ans et employa 8 légions, durement éprouvées par les tactiques de guérilla des guerriers celtes.

Pour récompenser les légionnaires arrivés au bout de leur service, Auguste demanda en 25 av. J.-C. à son légat en Lusitanie et commandant des légions chargées de soumettre les Astures de créer une nouvelle ville, Augusta Emerita. Après ses victoires, Publius Carisius va donc ainsi créer un modèle de la romanité qui devait servir en quelque sorte de « vitrine » auprès des peuples conquis de ce qu’était la civilisation selon Rome. Le légat semble avoir choisi, comme point de départ, une petite bourgade déjà existante qui, selon Strabon (géographe contemporain de la fondation de la ville), avait déjà une population mixte, les romains côtoyant les indigènes.

Ce sont ces soldats vétérans vainqueurs des Astures, les « emeritus » de la Légion V Alaudae et de la X Gemina, qui, avec l’empereur, donnent leur nom à la nouvelle cité romaine. Quelques années plus tard, Augustodunum en Bourgogne fut créée dans le même esprit.

Carisius choisit soigneusement l’emplacement de celle qui deviendra la capitale de Lusitanie dix ans plus tard, sur les bords de l’Anas, aujourd’hui le grand fleuve ibérique Guadiana. La Lusitanie est alors déjà profondément romanisée depuis la mort de Viriathe, grand chef lusitanien et opposant de Rome, assassiné en 139 av. J.-C. Nous sommes ici au bout du territoire occupé par les Vettons, un des peuples constituant la confédération lusitanienne. A partir de cette localisation, Rome contrôle les communications entre sa province de Bétique et le nord-ouest de la péninsule ibérique.

Carte de l'Hispanie romaine
Carte de l’Hispanie romaine

Mérida la romaine

Municipe de droit romain, Auguste choisit la tribu Papiria pour y inscrire les nouveaux citoyens romains de la ville, d’origine indigène. L’attribution de la citoyenneté romaine aux indigènes est un facteur d’intégration majeur et l’une des raisons de la grande réussite de la cité et de l’Empire romain en général. La « Colonia Iulia Augusta Emerita » (nom romain officiel de Mérida) deviendra alors très vite un centre majeur d’Hispanie, tant culturel, politique qu’économique. Elle est sur des voies romaines d’importance majeure, comme la « Via de la Plata » (Route de l’Argent en français) qui la relie aux mines d’or de la région d’Astorga (Asturica Augusta) dans le nord, la route allant à Lisbonne (Olisipo Felicitas Julia) vers l’ouest ou la route allant vers Cadix (Gades) dans le sud. Cette importance se confirmera sous les réformes de Dioclétien à la fin du IIIème siècle, lorsque Mérida deviendra la capitale du diocèse d’Hispanie jusqu’aux invasions barbares du Vème siècle.

Après la conquête finale et totale de l’Hispanie par Marcus Vipsanius Agrippa en 19 av. J.-C., la nouvelle Augusta Merida vit dans la Pax Romana, trois siècles de paix, une période quasiment sans conflits ou guerres dans cette région de l’Empire. C’est une période où la cité romaine se couvre de monuments, d’édifices destinés au plaisir et au confort du peuple. De ces grandes réalisations, beaucoup nous sont parvenues, à des degrés divers de conservation. Augusta Emerita est une ville typiquement romaine, avec son réseau de rues en damier.

Théâtre romain de Mérida.
Théâtre romain de Mérida.

Théâtre romain

Augusta Emerita est une ville connue mondialement pour son fabuleux théâtre romain, parfait exemple de l’architecture typiquement vitruvienne. C’est naturellement que je l’ai choisi comme illustration principale de cet article, en le présentant sous forme d’hyperlapse : il m’a fallu photographier pendant une heure le monument en plein été pour pouvoir réaliser cette vidéo particulière. Personne pour m’embêter, même s’il y a beaucoup de touristes, Mérida est une ville tranquille.

Construit à la demande d’Agrippa et inauguré en 15 av. J.-C., le théâtre est le monument le plus connu de Mérida. On comprend facilement pourquoi à sa vue : de par sa conservation, sa taille et la beauté de ses statues ou de ses colonnes de marbre, il nous livre une évocation de ce qu’avaient été les représentations théâtrales romaines. Adossé à San Albin, la plus haute colline de la ville, son acoustique était, et l’est toujours, excellente.

Il ne s’agit pas là d’un monument répondant aux goûts majoritaires des citoyens d’Augusta Emerita, qui comme partout ailleurs dans l’Empire, préféraient les courses de char ou les combats de gladiateurs. Il s’agissait avant tout d’un acte politique et culturel de premier ordre, Rome montrant les bienfaits de sa civilisation aux élites locales.

Le théâtre fut remodelé à l’époque de Trajan, en l’an 105. C’est à ce moment que le spectaculaire mur de scène fut construit, avec ses colonnes de marbre et ses statues. Deux siècles plus tard, sous Constantin, de nouvelles restaurations furent effectuées et une voie de circulation fut créée autour de l’édifice.

Malheureusement, l’avènement du christianisme et son aversion pour les représentations théâtrales provoquèrent l’abandon du monument, qui tombera peu à peu en ruines et dans l’oubli jusqu’à être presque totalement enfoui. On ne verra plus désormais que la partie supérieure de la cavea, les gradins du théâtre, divisés en sept parties égales séparées par les escaliers. Ces vestiges sont à l’origine de la légende des « sept chaises », où se seraient assis sept rois maures pour délibérer sur le sort de la ville.

En 1910, les fouilles archéologiques débutent, avec les moyens de l’époque, limités. Très vite, un travail de reconstruction en utilisant la technique de l’anastylose est effectué. Dans les années 1960 et 1970, la reconstruction du mur de scène est achevée. Reconstruit avec les pierres retrouvées lors des fouilles, le vénérable édifice retrouve ainsi une partie de son lustre d’antan. Des reproductions identiques des statues sont remises en place, les originales étant conservées au Musée national d’art romain de Mérida.

Mais la meilleure chose qui soit arrivée aux « ruines » du théâtre, c’est sa nouvelle vie : il est toujours utilisé aujourd’hui, ses 6000 places étant occupées chaque année depuis 1933 par les spectateurs du festival de théâtre classique de Mérida. C’est une des rares constructions romaines toujours utilisées dans le même but que celui d’autrefois.

 Le mur de scène, appelé frons scænæ en latin.
Le mur de scène, appelé frons scænæ en latin.
Les deux niveaux de colonnes bleutées du mur de scène, d'une hauteur totale de 17 m.
Les deux niveaux de colonnes bleutées du mur de scène, d’une hauteur totale de 17 m.
Le théâtre a été adapté aux besoins modernes d'illumination.
Le théâtre a été adapté aux besoins modernes d’illumination.
Détails de la corniche et des chapiteaux corinthiens.
Détails de la corniche et des chapiteaux corinthiens.
Colonnes de marbre et statues.
Colonnes de marbre et statues.
Détail du mur de scène, habile mélange de marbre et de brique.
Détail du mur de scène, habile mélange de marbre et de brique.
Les éléments originaux se distinguent clairement des ajouts modernes.
Les éléments originaux se distinguent clairement des ajouts modernes.
Au centre du mur de scène, Cérès.
Au centre du mur de scène, Cérès.
Les statues représentent sans doute des empereurs romains.
Les statues représentent sans doute des empereurs romains.
Sol de l'orchestre du théâtre.
Sol de l’orchestre du théâtre.
Entrée du théâtre.
Entrée du théâtre.
Un des accès au théâtre.
Un des accès au théâtre.
L'espace de loisirs derrière le théâtre, un péristyle orné de colonnes et de statues.
L’espace de loisirs derrière le théâtre, un péristyle orné de colonnes et de statues.
Colonnes du péristyle
Colonnes du péristyle
La voie permettant de circuler autour du théâtre.
La voie permettant de circuler autour du théâtre.
Le théâtre, vu de derrière.
Le théâtre, vu de derrière.

Amphithéâtre

L’élite allait au théâtre, mais le peuple se rendait à l’amphithéâtre. C’est ainsi qu’aux cotés de l’espace de représentation des arts de la scène se trouve celui des arts du combat. L’amphithéâtre d’Augusta Emerita est ainsi quasiment collé au théâtre de la ville, les deux constituant ensemble la grande zone de spectacles de la ville.

Inauguré en 8 av. J.-C., il sera utilisé pendant plus de 400 ans, jusqu’à son abandon final au Vème siècle, lorsque le christianisme devint la religion officielle. Partageant la même colline que le théâtre, il en subira le même sort, avec son enfouissement quasi-total. Ce qui en resta visible, une sorte de grand fossé (en fait la partie haute de la cavea), induisit en erreur des auteurs du XVIème siècle, persuadés qu’il s’agissait d’une naumachie, un lieu où se déroulaient des batailles navales pour le spectacle. Il faut dire que la proximité des aqueducs renforçait leurs suppositions. Il faudra attendre les premières fouilles de 1919 pour qu’enfin la véritable fonction de l’édifice soit connue.

De l’amphithéâtre original, nous n’avons plus que la partie basse des gradins et les structures souterraines de l’arène. Le haut des gradins servit au long des siècles de carrière de pierres bon marché, comme tant d’autres édifices de l’Antiquité. Du temps de sa splendeur, 15 000 personnes se pressaient dans les gradins de la cavea pour voir des gladiateurs combattre ou pour apprécier des « venationes », opposant des animaux aux hommes.

Au centre, l'arène, entourée des gradins. Le trou au milieu de l'arène était a priori est devait servir à abriter les mécanismes intervenant dans les spectacles.
Au centre, l’arène, entourée des gradins. Le trou au milieu de l’arène était a priori est devait servir à abriter les mécanismes intervenant dans les spectacles.
Entrée principale.
Entrée principale.
On distingue nettement les marques des anciennes portes.
On distingue nettement les marques des anciennes portes.
On aperçoit le théâtre, en haut à gauche.
On aperçoit le théâtre, en haut à gauche.
L'amphithéâtre, adossé à une colline, utilise deux matériaux essentiels : la brique et la pierre.
L’amphithéâtre, adossé à une colline, utilise deux matériaux essentiels : la brique et la pierre.
Entrée de l'amphithéâtre
Entrée de l’amphithéâtre
Passages et escalier de l'amphithéâtre.
Passages et escalier de l’amphithéâtre.
Détail des arcs de brique au dessus d'une des entrées.
Détail des arcs de brique au dessus d’une des entrées.

Cirque romain

L’immense espace que nous pouvons voir aujourd’hui ne permet pas vraiment d’imaginer ce qu’avait pu être l’édifice de spectacles le plus important de la ville à l’époque romaine. Il était si grand qu’il était installé en dehors des murailles de la ville : le cirque romain faisait 440 m de long pour 115 m de large, et pouvait accueillir 30 000 spectateurs. L’ensemble des habitants à l’époque impériale pouvaient donc aller au cirque ! Il n’en fallait pas moins pour pouvoir apprécier les auriges s’affronter sur leurs quadriges autour de la spina de plus de 200 m.

Nous parlons ici du « sport » roi, le spectacle préféré des habitants de Mérida et de l’Empire romain : les courses de chars. A Augusta Emerita, c’est d’autant plus vrai que la plus grande « star » de l’Antiquité était un enfant du pays : le conducteur de chars Caius Appuleius Diocles, l’homme de tous les records, est né à Mérida en l’an 104. Diocles est notamment le sportif le mieux payé de tous les temps, avec une fortune qui se serait élevée à plusieurs milliards d’euros aujourd’hui. Sur les 4257 courses où il participa, il en remporta 1462, pour une carrière de 24 ans.

Construit à l’époque de Tibère, il sera restauré par l’un des fils de Constantin entre 337 et 340. Une inscription nous indique qu’il aurait été rempli d’eau sans doute pour servir de naumachie pour l’occasion. Le cirque aurait encore été en usage au VIème siècle, puis, avec la fin des courses, servit de carrière de pierres…

Les romains étaient connus pour leurs édifices de spectacles et de loisirs, mais leurs plus grandes réalisations étaient utilitaires. Combien d’aqueducs, de ponts ou de routes existent encore de nos jours ! Mérida, la ville des légionnaires vétérans est à ce niveau encore très bien fournie.

L'immense piste du cirque, avec au centre, une spina. L'obélisque est un ajout moderne, rappelant qu'il y a 2000 ans, les obélisques servaient souvent d'ornement aux cirques.
L’immense piste du cirque, avec au centre, une spina. L’obélisque est un ajout moderne, rappelant qu’il y a 2000 ans, les obélisques servaient souvent d’ornement aux cirques.
Bases des anciens gradins du cirque.
Bases des anciens gradins du cirque.

Voies et ponts romains

Decumanus Maximus

Augusta Emerita, placée à la confluence du Guadiana et de son affluent l’Albarregas (« Barraeca » en latin), est traversée par plusieurs axes routiers majeurs de l’Hispanie romaine. Ces routes franchissent bien sûr les cours d’eau grâce aux ponts, d’une telle importance qu’ils sont toujours en usage aujourd’hui.

La grande voie romaine traversant la ville d’est en ouest, le Decumanus Maximus, est encore partiellement visible de nos jours, la rue très commerçante Santa Eulalia ayant repris son tracé. La voie faisait 6 m de large, suffisamment pour que les chars puissent se croiser.

Entièrement pavé, comme le reste de la ville, le decumanus était coloré, de par le choix des pierres utilisées : de la diorite noire, du quartzite orangé et de l’amphibolite verte. Pour protéger les passants des intempéries ou de la dureté du soleil, les trottoirs furent recouverts d’arcades au premier siècle de notre ère.

Vestiges du Decumanus Maximus de la ville, rue Santa Eulalia
Vestiges du Decumanus Maximus de la ville, rue Santa Eulalia

Pont sur le Guadiana

Le pont romain sur le Guadiana est à l’origine même de la ville. C’est à cet endroit que l’édification du pont était la plus aisée, grâce à une île centrale. Le pont était sur le Decumanus Maximus. Il s’agit ici d’un des ponts les plus grands de l’Antiquité romaine, avec près de 800 m de longueur et une soixantaine d’arcs. Il connaitra de multiples restaurations et changements, son utilité ne s’étant jamais démentie tout au long de son histoire depuis la fondation de la ville.

Originellement, il s’agissait de deux ponts, un de chaque côté de l’île, réunis par un bec protecteur. Mais une forte crue changea la configuration du pont au XVIIème siècle, désormais fait d’un seul tenant, le bec n’existant plus. De nombreuses pierres provenant du théâtre seront utilisées pour cette restauration. Son aspect actuel date du XIXème siècle, avec les derniers grands travaux.

Le pont est devenu strictement piéton avec la mise en service du pont Lusitania en 1991, tout proche.

Le pont romain de Mérida
Le pont romain de Mérida
Le pont romain avec, en arrière-plan, le pont Lusitania. 2000 ans les séparent.
Le pont romain avec, en arrière-plan, le pont Lusitania. 2000 ans les séparent.
Ce n'est que récemment que le pont est devenu exclusivement réservé aux piétons.
Ce n’est que récemment que le pont est devenu exclusivement réservé aux piétons.
Le Guadiana.
Le Guadiana.

Pont sur l’Albarregas

Au bout de la « route de l’Argent » se trouvait ce pont, permettant de traverser l’Albarregas, affluent du Guadiana. Comme son confrère sur le Guadiana, le pont fut construit sous Auguste, au moment de la fondation même de la ville. Arrivée à Mérida, la route cédait le pas au Cardo Maximus, l’axe principal nord-sud de toute ville romaine. Composé de quatre arcs, il fait 145 m de longueur, et se trouve aux environs immédiats de l’aqueduc des Miracles.

Pont sur l'Albarregas
Pont sur l’Albarregas

Barrages et aqueducs

Les Romains étaient de grands consommateurs d’eau. Ils en avaient besoin pour leurs fontaines, leurs thermes ou leurs jardins. Mérida avait un besoin quotidien allant de 16 000 m3 à 20 000 m3 d’eau potable. Même si Mérida est traversée par le grand fleuve qu’est le Guadiana, cela ne suffit pas pour avoir une bonne eau à volonté, l’eau des fleuves et rivières étant déjà à cette époque moins bonne que l’eau de source.

Aqueduc des Miracles et barrage de Proserpine

Les aqueducs permettent d’apporter l’eau venant de sources parfois lointaines au plus près des citadins. Augusta Emerita, ville majeure de l’Hispanie en possédait plusieurs, parfois grandioses comme peut l’être l’aqueduc des Miracles, comparable au Pont du Gard. Cet aqueduc hispanique construit au Ier siècle débutait sa course au barrage romain de Proserpine. Le barrage, qui n’a jamais cessé d’être exploité depuis sa construction lors de la fondation de la ville, retient les eaux des rivières « des Pardillas » et « des Adelfas ». Le barrage sera agrandit sous l’empereur Hadrien en 130, et atteindra ainsi 21 m de hauteur pour 428 m de longueur.

Après un parcours sinueux et souterrain de 12 km à partir du barrage de Proserpine, l’aqueduc arrive dans un bassin pour être purifiée. La partie la plus visible de cet aqueduc, les puissantes arcades s’élevant à 25 m de hauteur et s’étirant sur 827 m, a été nommée « aqueduc des miracles », pour une raison évidente : les habitants de Mérida trouvaient que c’était miraculeux que l’aqueduc soit encore sur pied après tant d’années.

Le lac du barrage de Proserpine
Le lac du barrage de Proserpine
Le barrage de Proserpine
Le barrage de Proserpine
A gauche, le barrage, toujours en place après deux millénaires. C'est un endroit très apprécié des habitants de la région.
A gauche, le barrage, toujours en place après deux millénaires. C’est un endroit très apprécié des habitants de la région.
Aqueduc des miracles
Aqueduc des miracles
Le jardin autour de l'aqueduc est un lieu de promenade apprécié. Il est aujourd'hui traversé par une voie ferrée, la gare de Mérida étant toute proche.
Le jardin autour de l’aqueduc est un lieu de promenade apprécié. Il est aujourd’hui traversé par une voie ferrée, la gare de Mérida étant toute proche.

Fontaine monumentale de Mérida

Au « terminus » de l’aqueduc se trouvait un château d’eau, un « castellum divisorium », chargé de distribuer l’eau dans la ville. Situé sur la colline la plus haute de la ville, la « colline du Calvaire », le castellum était orné d’un nymphée. Il s’agit d’une fontaine monumentale dédiée aux nymphes, divinités associées à la pureté de l’eau. Cette fontaine, située aujourd’hui sur la « calle del Calvario », était à l’époque sur le Cardo Maximus, à deux pas d’une des portes monumentales de la ville.

Fontaine monumentale
Fontaine monumentale

Barrage de Cornalvo

Un seul barrage ne suffisait pas à alimenter en eau une ville comme Augusta Emerita, capitale de Lusitanie. En plus du grand barrage de Proserpine, un autre, plus modeste, fut construit. Le barrage de Cornalvo est tout de même impressionnant, il s’agit d’une véritable muraille de 220 m de long pour 18 m de hauteur. Construit en 130 à 15 km au nord-est de la ville, il retient les eaux de l’Albarregas. Il est aujourd’hui intégré au Parc Naturel de Cornalvo, une zone protégée invitant à la promenade. De l’aqueduc de Cornalvo (appelé « Aqua Augusta » par les romains), qui était chargé d’apporter l’eau du barrage jusqu’à la ville, il ne reste pratiquement rien.

Aqueduc de Rabo de Buey-San Lázaro

Le troisième aqueduc de Mérida captait les eaux des rivières du nord-ouest, comme Valhondo, Las Tomas et Casa Herrera. Il n’en reste aujourd’hui plus que trois piliers et deux arcs. Néanmoins, l’emplacement de l’aqueduc était si idéal qu’au XVIème siècle, un autre aqueduc fut construit au même endroit.

Aqueduc Rabo de Buey - San Lázaro sur la gauche. A droite, l'aqueduc du XVIème siècle.
Aqueduc Rabo de Buey – San Lázaro sur la gauche. A droite, l’aqueduc du XVIème siècle.

Forums de Mérida

Dans toute ville romaine, généralement au croisement des deux voies principales que sont le Cardo et le Decumanus, se trouve un forum, la plus importante place de la ville. C’est ici que se trouve l’administration publique et les principaux édifices religieux, l’endroit le plus prestigieux de la cité, où se trouve le temple du culte impérial.

Augusta Emerita, capitale provinciale de Lusitanie, était selon le poète du IVème siècle Ausone la 9ème plus grande ville de l’Empire Romain, devant Athènes. A ce titre, la ville n’avait n’ont pas un, mais deux forums.

Bon nombre de monuments reconstruits se trouvaient dans cet état lorsque les archéologues les ont retrouvés. Ici, ce sont les restes d'un temple dédié au culte impérial.
Bon nombre de monuments reconstruits se trouvaient dans cet état lorsque les archéologues les ont retrouvés. Ici, ce sont les restes d’un temple dédié au culte impérial.
Le temple est aujourd'hui est un terrain vague...
Le temple est aujourd’hui est un terrain vague…

Forum municipal

Le forum municipal est le centre névralgique de la cité, où se trouve la Curie, lieu de réunion du conseil municipal. Il était connu à l’époque sous le nom de « forum de la colonie ». C’est ici que sont prises toutes les décisions concernant la vie de la cité, c’est ici que l’on se donnait rendez-vous, c’est ici que l’on venait pour les réunions officielles ou religieuses. Plusieurs édifices majeurs de la ville se trouvaient ici, comme le temple de Diane ou le temple de Mars, des thermes et bien sûr une basilique.

Temple de Diane

Comme souvent avec les anciens temples romains, leur nom actuel ne correspond pas à la réalité. Ce temple n’était pas dédié à Diane, nom hérité du XVIIème siècle, mais au culte impérial. Edifié sous Auguste, il sera abandonné au Vème siècle, comme tous les autres temples « païens ». Au XVIème siècle, le palais des comtes de Los Corbos fut construit à l’intérieur du temple, contribuant peut-être à la sauvegarde de l’édifice romain.

Temple de Diane
Temple de Diane

Le palais des comtes, construit dans le temple.
Le palais des comtes, construit dans le temple.
Pour ma part, je ne trouve pas le palais bien intégré au temple...
Pour ma part, je ne trouve pas le palais bien intégré au temple…

Temple de Mars, basilique Sainte Eulalie

En visitant la basilique de Sainte Eulalie (santa Eulalia en espagnol), on est frappés par la petite chapelle se trouvant devant la basilique. Elle a été construite en 1612, en réutilisant des éléments issus de l’ancien temple de Mars. Selon la légende, cette petite chapelle a été construite à l’emplacement même où Eulalie mourut.

Sous l’église actuelle se trouve une crypte datant des débuts du christianisme en péninsule ibérique, où se trouve sans doute le tombeau de la martyre Eulalie, victime des persécutions de Dioclétien. Pour la petite histoire, le premier texte littéraire connu d’une langue romane se différenciant très nettement du latin est la « séquence de Sainte Eulalie », annonçant les débuts de la langue d’oïl et par conséquent de la langue française. Il fut composé en 880 et nous raconte le martyre de sainte Eulalie de Mérida.

La basilique, avec devant la chapelle, surnommée Hornito, c'est à dire le petit four. C'est une référence directe au martyr de Sainte Eulalie, brûlée vive.
La basilique, avec devant la chapelle, surnommée Hornito, c’est à dire le petit four. C’est une référence directe au martyr de Sainte Eulalie, brûlée vive.
Le Hornito semble être un modèle très réduit de ce qu'avait pu être le temple de Mars.
Le Hornito semble être un modèle très réduit de ce qu’avait pu être le temple de Mars.
L'inscription ne laisse aucun doute : il s'agit bien de vestiges du temple de Mars.
L’inscription ne laisse aucun doute : il s’agit bien de vestiges du temple de Mars.
La récupération des éléments antiques est compréhensible, au vu de leur beauté.
La récupération des éléments antiques est compréhensible, au vu de leur beauté.
Pour un catholique de Mérida, nous sommes ici à l'endroit le plus sacré de la ville : la crypte de la première basilique paléochrétienne de Sainte Eulalie.
Pour un catholique de Mérida, nous sommes ici à l’endroit le plus sacré de la ville : la crypte de la première basilique paléochrétienne de Sainte Eulalie.
Un des tombeaux de la crypte.
Un des tombeaux de la crypte.
Beaucoup de fidèles jettent une pièce dans la crypte.
Beaucoup de fidèles jettent une pièce dans la crypte.

Portique du Forum

Le portique du forum municipal était monumental, décoré de nombreuses statues. Reconstruit en partie, l’essentiel se trouve aujourd’hui au Musée national d’art romain de Mérida. Il entourait un vaste jardin, où il devait être agréable de venir prendre un peu de fraîcheur par une torride journée d’été juste avant d’aller aux thermes, tous proches. Pour moi, c’est l’un des endroits les plus émouvants de la ville, peut-être parce qu’il me semble plus proche du quotidien des citoyens de la ville que les autres monuments administratifs ou religieux…

Vestiges du portique.
Vestiges du portique.

Arc de Trajan, forum provincial

Le deuxième forum de Mérida fut construit autour de l’an 50 à l’époque de Claude, réunissant en un même lieu l’administration de la province et probablement un grand temple qui aurait pu servir de Capitole à Augusta Emerita. Situé sur l’actuelle Plaza Constitución, ce forum était à courte distance du forum municipal. On pouvait y accéder par l’Arc de Trajan, placé sur le Cardo Maximus.

L’Arc de Trajan doit son nom uniquement à une tradition populaire se perdant dans la nuit des temps, aucune inscription n’ayant été retrouvée. Le marbre qui recouvrait le monument a été enlevé depuis longtemps.

Arc de Trajan, vu du forum. On note la petite porte latérale, aujourd'hui murée, qui devait servir aux piétons.
Arc de Trajan, vu du forum. On note la petite porte latérale, aujourd’hui murée, qui devait servir aux piétons.
L'arc vu de l'extérieur. Il n'est plus revêtu de marbre comme autrefois.
L’arc vu de l’extérieur. Il n’est plus revêtu de marbre comme autrefois.

Maisons romaines

Qui dit ville dit habitations. Mérida, cité opulente de l’Empire Romain, nous livre 2000 ans plus tard quelques indices sur les modes de vie de ses habitants, habitant de grandes « domus » pour les plus riches, ou de plus modestes maisons pour le petit peuple.

La maison du Mithraïsme

Cette résidence, située à l’extérieur de la ville, date de la fin du Ier siècle. On a retrouvé à proximité ce que l’on a identifié comme étant le mithraeum de la ville, un temple souterrain dédié au culte du dieu Mithra, d’où le nom de la maison.

La domus se distingue par une somptueuse mosaïque cosmogonique, avec des allégories issues de la Nature. Les murs des différentes pièces sont peints, et il existe des salles souterraines, ce qui renforce l’idée d’une demeure liée au mithraïsme.

Alimentée en eau par l’aqueduc de Cornalvo tout proche, la maison possédait également des bassins et des canalisations pour recueillir l’eau de pluie en complément. L’eau provenant des aqueducs était répartie équitablement, ceux qui en voulaient en plus grande quantité devaient résoudre le problème par leurs propres moyens.

L'alternance entre les espaces fermés et les espaces ouverts comme les atriums ou les péristyles est la règle dans cette demeure.
L’alternance entre les espaces fermés et les espaces ouverts comme les atriums ou les péristyles est la règle dans cette demeure.
Mosaïque cosmogonique
Mosaïque cosmogonique
On distingue les couleurs des murs peints.
On distingue les couleurs des murs peints.
Les pièces souterraines, dont l'usage nous reste mystérieux.
Les pièces souterraines, dont l’usage nous reste mystérieux.
Une des très belles mosaïques du sol.
Une des très belles mosaïques du sol.
Maquette nous présentant la maison comme elle aurait pu être autrefois.
Maquette nous présentant la maison comme elle aurait pu être autrefois.

La maison de l’amphithéâtre

Il s’agit en fait de deux maisons bâties au Ier siècle : la maison de l’amphithéâtre proprement dite, et la « maison de la Tour d’eau ». Situées aux abords immédiats de l’amphithéâtre, c’est ici que se déversait dans un « castellum » l’aqueduc de San Lázaro, d’où le nom de « Tour d’eau ».

Le quartier Moreria

Au moment de construire l’établissement municipal moderne qui se trouve aujourd’hui au-dessus des vestiges archéologiques, il fut décidé de faire un édifice qui puisse en permettre la conservation et la visite. Les architectes ont superbement réussi ce tour de force, avec un bâtiment construit sur de grands piliers. C’est ici qu’il faut applaudir l’architecture moderne, quand elle est au service du peuple d’aujourd’hui en respectant le passé.

La Moreria est un ancien quartier de la ville, occupé d’abord par les romains et les wisigoths, puis par les Maures, dont le quartier tient son nom actuellement. C’est l’endroit idéal pour observer l’évolution urbanistique de Mérida pendant les premiers siècles de son existence.

Vestiges romains de Moreria
Vestiges romains de Moreria
Route pavée, avec au milieu une grosse pierre, chargée à l'époque de réguler le trafic.
Route pavée, avec au milieu une grosse pierre, chargée à l’époque de réguler le trafic.
Alternance des matériaux.
Alternance des matériaux.
Maison des marbres, une demeure de la fin du IIIème siècle.
Maison des marbres, une demeure de la fin du IIIème siècle.
Les canalisations sont visibles.
Les canalisations sont visibles.

Thermes romains, puits de neige

On ne présente plus le goût immodéré des Romains pour les bains et les thermes. Toute la population se devait d’aller quotidiennement aux thermes, riche ou pauvre. On en a retrouvé un peu partout dans la ville, généralement de tailles modestes, surtout par rapport à ce que l’on connait de l’Urbs, Rome.

On a retrouvé dans l’un de ces thermes ce que l’on interprète comme étant des « puits de neige », des constructions spécialement conçues pour conserver la neige le plus longtemps possible. Il s’agit de très rares exemples au sein de l’Empire Romain, si ce n’est le seul. On y conservait visiblement des aliments. Il s’agit d’excavations effectuées à même la roche, à l’abri du soleil et du vent, où règne une température très fraîche. On sait, par plusieurs écrits, que les Romains appréciaient la neige pour conserver leurs aliments et les refroidir ou guérir de maladies…

A gauche, un puits de neige. A droite, les thermes. On distingue un bassin, une canalisation...
A gauche, un puits de neige. A droite, les thermes. On distingue un bassin, une canalisation…

Columbarium

En dehors des anciennes murailles de la ville se trouve cet espace funéraire, où se trouvent des tombeaux et des mausolées. Cette nécropole fut utilisée du Ier siècle jusqu’à la période wisigothique.

Les différents tombeaux, sarcophages et autres mausolées étaient en fait disposés des deux cotés d'une voie romaine, à l'extérieur de la ville.
Les différents tombeaux, sarcophages et autres mausolées étaient en fait disposés des deux cotés d’une voie romaine, à l’extérieur de la ville.
Inscription funéraire de Valeria Allage.
Inscription funéraire de Valeria Allage.
Sarcophage romain.
Sarcophage romain.
Mausolée du IVème siècle
Mausolée du IVème siècle
Dessin représentant le mausolée du IVème siècle.
Dessin représentant le mausolée du IVème siècle.
Mausolée des Voconio. Voconius est sans doute un des premiers vétérans installés à Augusta Emerita.
Mausolée des Voconio. Voconius est sans doute un des premiers vétérans installés à Augusta Emerita.
Dans le mausolée se trouve ce portrait du vétéran C. Voconius et de son épouse Caecilia Anus.
Dans le mausolée se trouve ce portrait du vétéran C. Voconius et de son épouse Caecilia Anus.

Augusta Emerita ne nous a pas encore livré tous ses secrets, les fouilles archéologiques étant toujours en cours. L’Histoire n’est pas figée, contrairement à ce que l’on pourrait croire, les découvertes pouvant toujours complètement chambouler la perception que nous pouvons avoir de nos ancêtres. Mérida est une ville qui gagnerait à être plus connue, son patrimoine vaut bien celui d’autres villes beaucoup plus touristiques !

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Localisation de Mérida


Commentaires
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La Grand Place de Béthune et son beffroi
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C’est ici, au cœur de la ville, que l’identité béthunoise est la plus forte, même si tout n’est qu’une reconstruction...

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