Place de la Concorde, patrimoine historique de Paris

Place de la Concorde, patrimoine historique de Paris

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Si pour moi on me demande quel est le lieu le plus incroyable à voir dans notre belle Capitale, je pense bien que je vais préférer la grande place où commencent les Champs Elysées : la Place de la Concorde.

Je n’ai jamais vraiment compris pourquoi l’avenue des Champs Elysées est si connue dans le monde entier, plus encore que la Place de la Concorde. En fait si, je sais très bien : les grandes enseignes présentes sur les Champs Elysées ont plus d’intérêt à promouvoir leur Avenue, plutôt que la Place de la Concorde, qui n’a pas de boutiques, pas de magasins ou de McDo… « juste » une splendide architecture.

La Place de la Concorde, pourtant assez récente à l’échelle de l’Histoire deux fois millénaire de Paris, est un des hauts lieux de la ville. Plus que ses monuments de style néo-classique ou sa situation géographique privilégiée, ce sont les évènements qui s’y sont déroulés qui donnent à cette Place une atmosphère à part. L’endroit est immense, avec ses 84000 mètres carrés. De forme octogonale, avec 360 mètres de longueur pour 210 mètres de largeur, c’est clairement la plus grande place de Paris ! Quand je m’y promène, je suis forcément ébloui par tant de somptuosité, tout en me rappelant ce que j’ai appris dans les livres d’Histoire à l’école.

Lion de la Place de la Concorde
Lion de la Place de la Concorde

Esplanade du Pont-Tournant : début des travaux

La Place de la Concorde est née de la volonté de la Ville de Paris de fêter la guérison en 1748 du roi Louis XV. Il était en effet tombé gravement malade lors d’un séjour à Metz. Le projet initial était de faire une statue équestre du roi. C’est le projet de l’architecte Ange-Jacques Gabriel qui sera finalement retenu : on va construire au bout du jardin des Tuileries, à un endroit que l’on nomme l’esplanade du Pont-Tournant. Ce n’était alors qu’un espace de terre battue, un terrain vague nauséabond, une fondrière, avec un pont de bois au-dessus du fossé du jardin des Tuileries. L’avantage du choix d’un tel endroit, somme toute assez désert, c’est qu’il permettait de dynamiser l’urbanisation de l’ouest parisien.

Entrée du Jardin des Tuileries
Entrée du Jardin des Tuileries

Même si le roi était propriétaire de la majorité des terrains, Il a tout de même fallu négocier avec les autres propriétaires : les héritiers de l’ancien ministre des finances du royaume de France, l’écossais John Law de Lauriston. Pour la petite histoire, c’est Law qui introduisit le billet de banque en France… Les héritiers, en échange de leurs terrains, gagnent le droit de construire de part et d’autre de la rue Royale, qui va de la Concorde à l’église de la Madeleine.

On aperçoit l’église de la Madeleine
On aperçoit l’église de la Madeleine

Place Louis XV

C’est en 1763 que la statue équestre de Louis XV trône finalement au centre la nouvelle place, nommée alors « Place Louis XV ». La Place de la Concorde diffère radicalement des autres places de l’époque : elle n’est pas entourée d’édifices, comme la place des Vosges ou la place Vendôme par exemple, mais elle est ouverte sur trois des quatre cotés. Au sud, la Seine traversée par le Pont de la Concorde, à l’ouest, l’Avenue des Champs Elysées, à l’est, le jardin des Tuileries. Ce n’est que côté nord que la place est bâtie. Si on veut avoir une vue dégagée à Paris, il n’y a pas photo, c’est à la Concorde qu’il faut venir !

Coucher de soleil sur la Place
Coucher de soleil sur la Place

Hôtels de la Concorde

Les travaux seront terminés en 1772. La Place de la Concorde était alors assez différente de ce que l’on connaît aujourd’hui, avec de grands espaces gazonnés et des fossés. L’Hôtel de Crillon et son jumeau l’Hôtel de la Marine sont présents. L’Hôtel de Crillon est le premier et le plus prestigieux des palaces parisiens. Un Hôtel 5 étoiles hors-normes. C’est ici que la reine Marie-Antoinette venait prendre des leçons de piano, c’est ici que la France reconnu officiellement l’indépendance des Etats-Unis. C’est ici aussi qu’on y mange très bien, l’Hôtel étant doté d’un très réputé restaurant gastronomique. Il porte le nom de son acquéreur depuis 1788, François Félix de Crillon, un homme politique français.

L’autre Hôtel, l’Hôtel de la Marine, est également connu sous le nom de l’Hôtel du Garde-Meuble. Comme ce dernier nom l’indique, à l’origine, c’était l’endroit où l’on gardait les meubles du Roi. Cette fonction s’apparentait en fait plutôt à un musée, où l’on pouvait venir visiter les meubles, les tapisseries et autres objets royaux, restaurés et conservés. En 1789, il changea totalement de fonction, devenant le Ministère de la Marine, d’où son nom actuel. Les façades de ces deux édifices ont été conçues par l’architecte de la Place de la Concorde, Ange-Jacques Gabriel.

Hôtel de la Marine
Hôtel de la Marine
Hôtel de Crillon, premier palace parisien
Hôtel de Crillon, premier palace parisien

Place de la Révolution

Mais cette Place, si belle et agréable, bâtie en l’honneur du Roi et de la royauté, sera aussi le lieu le plus funeste de Paris : en 1792, la Révolution Française, désorientée, en fera la « Place de la Révolution ». La place deviendra le lieu privilégié de la guillotine. Venir ici, c’est venir à l’endroit même où fut tué le Roi de France Louis XVI, à mi-chemin entre l’endroit où se trouvait le socle de la statue de Louis XV et le début des Champs Elysées. 1119 personnes au total ont été guillotinées Place de la Révolution. Des noms comme Danton, Lavoisier et Robespierre ont été exécutés ici, en plus du roi, de la reine Marie-Antoinette, et tant d’autres personnes.

En 1793, la statue équestre de Louis XV, pourtant à l’origine de la Place en elle-même, est retirée. Finalement, en 1795, la place prend son nom actuel, la Place de la Concorde, signe d’entente, de paix, que l’on désire éternel, après les tragiques événements de la Terreur.

Au bout du pont de la Concorde, le Palais Bourbon
Au bout du pont de la Concorde, le Palais Bourbon

Place Louis XVI

En 1814, la place reprend son nom originel, Place Louis XV, jusqu’en 1826, lorsqu’elle devient Place Louis XVI, sous le roi Charles X, selon les désirs de Louis XVIII, qui voulait faire de la place un lieu de mémoire pour le souverain guillotiné à cet endroit même. La Place ne portera le nom du roi que 4 ans, interrompu par la révolution de 1830. Elle en changera depuis lors plus jamais de nom, devenant pour tous et à jamais la Place de la Concorde. Mais un épineux problème se posait toujours aux dirigeants : que faire de cette place, si spéciale du point de vue politique ? Le mieux, c’était peut-être d’y mettre un symbole ne représentant aucune faction, ni royalistes, ni républicains, bref, qui soit neutre, permettant véritablement la Concorde. Le vice-roi d’Égypte, Méhémet Ali, va permettre à Louis-Philippe Ier de trouver la solution.

L’Obélisque de Louxor

Le souverain d’Egypte, pour remercier ce que la France a fait pour la culture égyptienne grâce au déchiffrage des hiéroglyphes par Champollion, décide d’offrir les deux obélisques se trouvant à l’entrée du Temple de Louxor, à Thèbes. L’état français accepte volontiers ce « cadeau », mais ne transportera qu’une seule des deux obélisques, l’autre étant toujours, fort heureusement, sur place.

Obélisque de Louxor
Obélisque de Louxor

Fort heureusement, parce que « cadeau » était le nom pudique que l’on donnait à l’époque pour un pillage des antiquités égyptiennes. Même vice-roi, rien ne lui donnait le droit de donner une œuvre plusieurs fois millénaire, datant de Ramsès II, à une puissance étrangère. Il faut dire qu’à l’époque, on ne se souciait guère encore du patrimoine historique, et le vice-roi était bien trop heureux de plaire aux français. Il était largement guidé dans sa démarche par le baron Isidore Taylor, qui avait fait la demande d’acquisition des obélisques dès 1828.

Champollion lui-même fut chargé de choisir laquelle des deux obélisques les français allaient emmener. Il choisit la plus petite des deux, mais aussi la moins abimée. Pour déplacer ce monument de 23 mètres de hauteur et pesant 230 tonnes, il a fallu réaliser plusieurs prouesses techniques pour l’époque, décrites sur les illustrations dorées que l’on peut voir sur le socle. Imaginez ça : deux ans et demi de transport maritime, dans un bateau spécialement conçu pour transporter l’obélisque ! Elle sera finalement dressée en plein centre de la place en 1836, sous les yeux ébahis de 200 000 personnes !

L’Obélisque trône au milieu de la Place
L’Obélisque trône au milieu de la Place

Pour ceux qui voudraient voir le socle original de l’Obélisque, c’est au Louvre qu’il faut se rendre, d’ailleurs tout proche. Le socle avait été jugé trop choquant à l’époque : ce sont des babouins avec leur sexe en érection… Pour ceux qui savent lire l’égyptien antique, ils pourront y découvrir l’Histoire de Ramsès II et de Ramsès III. Pour ceux qui voudraient connaître l’heure (solaire), la Place de la Concorde n’est qu’un immense cadran solaire, avec l’obélisque servant d’aiguille.

En échange de l’obélisque, la France offrit une horloge en 1845, qui se trouve aujourd’hui au Caire. Pour moi, ça me fait un peu l’effet des européens qui faisaient du troc avec les « indigènes », échangeant de la verrerie sans valeur contre de l’or…

Le « pyramidion », la couverture d’or et de bronze que l’on peut voir sur la pointe de l’obélisque date de 1998, lors de l’année de l’Egypte en France. Il parait qu’il remplace l’original, qui aurait disparu pendant les invasions du VIème siècle. Pour ma part, je le trouve du plus bel effet, c’était la bonne idée, tout en restant, on l’espère, fidèle à l’esprit original de l’Obélisque de Louxor.

Jacques-Ignace Hittorff

A partir de 1836, et ce jusqu’en 1846, l’architecte Jacques-Ignace Hittorff est en charge des travaux d’embellissement de la place de la Concorde. C’est lui qui donnera l’aspect que l’on connaît aujourd’hui à la Concorde, en prenant pour thème la Marine, référence directe à l’Hôtel de la Marine.

Il ajoute à la place les deux grandes fontaines, la Fontaine des Mers et la Fontaine des Fleuves. Elles trouvent leur inspiration dans les fontaines de la place Saint Pierre de Rome, la Fontaine de Maderno et la Fontaine du Bernin, place qui par ailleurs possède aussi un obélisque égyptien, apportée à Rome par l’empereur Caligula… Les fontaines françaises seront inaugurées en 1840. Je les trouve personnellement magnifiques, on se perd dans les détails, à regarder toutes ces statues, chacune avec une signification précise. De nombreux artistes sont intervenus dans l’élaboration des fontaines.

Fontaine de Jacques-Ignace Hittorff
Fontaine de Jacques-Ignace Hittorff

Tout autour de la place, 8 statues à chaque coin de l’octogone dessiné par la Place. Chaque statue représente les 8 principales villes françaises au XIXème siècle : Marseille, Lyon, Strasbourg, Brest, Rouen, Lille, Bordeaux et Nantes. En 1871, avec la perte de Strasbourg suite à la défaite française face à l’Allemagne, la statue de Strasbourg fut drapée de noir. On comprend mieux l’esprit revanchard des français pendant la guerre de 1914 ! J’ai eu de la chance avec mes photos, la Statue de Marseille est superbe, avec la lune derrière…

Statue de Lyon
Statue de Lyon
Vélibs devant la Statue de Marseille
Vélibs devant la Statue de Marseille

Les colonnes rostrales, avec leurs proues de navires, rappelant l’emblème de Paris sont de toute beauté, et viennent compléter le magnifique tableau qui se présente sous mes yeux. J’adore cet endroit.

Colonne rostrale
Colonne rostrale
Détail de la colonne d’un lampadaire
Détail de la colonne d’un lampadaire

En 1854, les exigences de la modernité et de la circulation à chaque fois plus importante à Paris obligent la Ville à combler les fossés : les voitures peuvent désormais passer plus tranquillement, faisant de la Place de la Concorde un des points névralgiques de la circulation automobile de nos jours.

La Place de la Concorde de nos jours

C’est l’un des plus importants axes routiers, on l’a vu. De nombreuses manifestations culturelles y ont lieu. La plus spectaculaire, qui revient chaque année vers Noël, c’est la Grande Roue de la Concorde. Illuminée à l’occasion, elle est dans l’axe des Champs Elysées, et de l’Axe Historique, l’ancienne Voie Royale. Monter dessus, c’est profiter d’une vue unique sur Paris ! Sur la place, on vient fêter l’élection du Président de la République (surtout s’il est de droite…), ou on vient voir des méga concerts comme celui de Jean-Michel Jarre en 1979. C’est finalement un endroit assez calme de nos jours, si on le compare avec sa période révolutionnaire !

La Place est un monument historique classé depuis 1937, et patrimoine mondial : d’un point de vue architectural, elle ne peut plus bouger de façon significative, ce qui la protège d’éventuels affronts de personnes soi-disant « artistes » ou de maires un peu trop « visionnaires ». Au pire, et ça me plairait, on pourrait revoir un peu le stationnement des voitures et surtout des cars, que je trouve, pour être gentil, « disgracieux ». Il y a bien le Parking de la Concorde, qui permet de se garer en toute tranquillité, sans avoir à gâcher le magnifique spectacle de cette si belle place.

Photos de la Place de la Concorde

Derrière l’Obélisque, au loin, l’Arc de Triomphe
Derrière l’Obélisque, au loin, l’Arc de Triomphe
Voie Georges Pompidou
Voie Georges Pompidou
Dans le ciel, la Lune
Dans le ciel, la Lune
Au fond, la Tour Eiffel
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