
La Reconquête a commencé à Cangas de Onis
Cette petite ville, nichée dans les montagnes des Pics d'Europe, est pour les Espagnols, la genèse de leur Nation. Ici débuta la Reconquista, reconquête en français, lorsque les résistants chrétiens mirent un coup d'arrêt aux conquérants musulmans.
Table des matières
Nous sommes en l’an 722. Toute l’Hispanie est conquise. Toute? Non ! Un petit village résiste encore et toujours à l’envahisseur. Ce village, vous l’avez deviné, est Cangas de Onis, dans la région des Asturies.
Les Asturies, au nord de l’Espagne, n’ont jamais été sous emprise musulmane. Beaucoup grâce à la résistance d’un guerrier, peut-être issu de la noblesse wisigothique : Pélage, premier roi d’Espagne. Enfin, Espagne… pas tout à fait. On ne parlait pas encore d’Espagne à cette époque, et Cangas de Onis n’était qu’un village perdu dans des montagnes sans aucun intérêt stratégique pour le nouveau pouvoir berbero-musulman.

Pélage et sa capitale des Asturies
C’est à partir de sa légendaire victoire à Covadonga en 722 que Pélage (Pelayo en espagnol) va établir sa capitale à Cangas de Onis, un ancien village d’origine romaine. La légende nous parle d’une victoire mémorable et d’une cuisante défaite pour les Musulmans. La réalité semble être plus modeste, la bataille n’étant que la continuité des escarmouches qui avaient toujours existé en cet endroit.
Il faut croire que les Astures n’aimaient pas être conquis, que ce soit par des Musulmans ou par des Wisigoths ! Quoiqu’il en soit, c’est Covadonga qui a été choisie par le « Roman National » espagnol, c’est ici le point de départ pour la reconquête chrétienne.
Pélage règnera ici en maître jusqu’en 737. En 774, la capitale du royaume chrétien déménage dans la ville de San Martín, par la volonté du roi Aurelio. De cette lointaine époque, il ne reste pratiquement plus rien : pas de monuments, pas de palais, pas de muraille.

La petite église de la Sainte-Croix (Santa Cruz) est une reconstruction de 1951, l’édifice original ayant été détruit pendant la guerre civile espagnole. Cette église aurait été la première nouvelle construction chrétienne de la Reconquista, une oeuvre du roi Favila, fils de Pélage. Cet endroit semble être un lieu saint depuis la préhistoire, et n’a pas été choisi par hasard : l’église a été construite sur un dolmen !
Le dolmen est d’ailleurs toujours visible, il se trouve dans la crypte.




La Grotte de Covadonga
Les Chrétiens, lors de la bataille de Covadonga, durent se réfugier dans une grotte. Plusieurs récits légendaires nous racontent ce qui se serait passé, mais je ne vais en choisir qu’un, peut-être le plus logique… et surtout celui que nous a transmis le conquérant musulman : les Chrétiens purent s’alimenter du miel des abeilles qui s’y trouvaient.
Laissant derrière eux une image de la Vierge Marie pour la remercier d’avoir pu vaincre les Musulmans, le lieu fut dès lors considéré comme étant sacré, et sera transformé en sancturaire.
C’est Alphonse Ier, gendre du roi Pélage, qui succéda à Favila, malheureusement tué par un ours selon la légende, qui y fit construire une première chapelle. Une chapelle impressionnante, perchée dans les hauteurs de la grotte, qui se mérite : il faut gravir de nombreuses marches pour y aller.


Ou alors on fait le tour, côté basilique, un passage souterrain permet d’y aller sans souffrir. Du point de vue du pèlerin, c’est peut-être de la triche. Il faut souffrir un peu pour accéder à un sanctuaire, le cheminement – physique et spirituel – pour y aller étant au moins aussi important que l’arrivée.
En bas de la grotte, un petit plan d’eau. Si vous connaissez un peu les traditions des superstitieux, vous le devinez : beaucoup de gens y jettent une pièce de monnaie. On sait jamais, ça porte bonheur !
Le Sanctuaire de Covadonga
À proximité immédiate de la grotte se trouve la grande basilique de Santa María la Real. Construite à la fin du XIXe siècle, elle succède à l’église entièrement faite de bois qui s’y trouvait le siècle précédent.





Cette première église avait été construite par le roi Alphonse Ier, pour compléter la chapelle de Covadonga. Il était évident que la chapelle seule était bien trop petite pour un endroit si important, si visité et si symbolique pour son pouvoir.
Sa localisation est spectaculaire, sur le Mont Auseva. Un endroit idéal pour un pèlerinage… ou juste une randonnée. Sur le parvis se trouve une statue de Pélage, datant de 1964, une oeuvre du célèbre sculpteur Gerardo Zaragoza, qui comme son nom ne l’indique pas, est né à Cangas de Onis.
Les pèlerins sont essentiellement des Espagnols, ou des Latino-Américains. Nous ne voyons que très peu de Portugais, pourtant tout aussi concernés que les Espagnols par le côté symbolique des débuts de la Reconquête. La raison est simple : Covadonga ne sert que les propos du roman national espagnol. Lorsque nous lisons « Pélage, premier roi d’Espagne », c’est une appropriation toute espagnole de ce qui aurait dû être commun aux deux pays.
L’Espagne n’existait pas à l’époque de Pélage !
La ville
Cangas de Onis est une petite ville, d’à peine 6.000 habitants, vivant principalement du tourisme. Un tourisme religieux et culturel, mais aussi un tourisme d’amoureux de la nature. Les Asturies ont une région relativement peu peuplée d’Espagne, avec un climat souvent rude, typique de montagne.


Mais néanmoins, cette petite ville, chargée d’histoire, a beaucoup de qualités qui me font dire que la vie doit y être agréable. Les plages de l’Atlantique ne sont qu’à 30 minutes, les pistes de ski sont à une ou deux heures de route. Les randonnées y sont incroyables. De nombreux lacs parsèment les alentours.
L’architecture est belle, respectueuse de l’histoire et des paysages. Nous sommes ici dans une ville traditionnellement liée à la vie en montagne, à l’élevage, avec tout ce que ceci implique pour la gastronomie locale. Nous parlons de viandes, de fromages ou de poisson, pêché dans les nombreuses rivières de la région. Et à boire ? On ne pourra pas échapper au cidre, boisson la plus typique des Asturies.







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Vicedi