Hammam de Boukhara

Hammam de Boukhara : massage oriental

Voir aussi :

Aujourd’hui, lorsque l’on dit « hammam », on associe ce lieu de détente et de relaxation aux musulmans, qui ont poursuivi ce que nous n’avons pas conservé des romains.

Nos ancêtres les romains ne pouvaient pas vivre sans leurs thermes, sans un bon bain chaque jour. D’incroyables constructions ont été érigées pour permettre aux citoyens de s’occuper de leur hygiène qui à l’époque, était perçue comme un plaisir, quelque chose que l’on faisait avec des amis. On pourrait croire que cette habitude n’a pas perduré, mais ça serait sans compter les peuples qui ont poursuivi la culture byzantine, elle-même héritière de Rome. Je veux bien sûr parler des Arabes et des Ottomans, qui à leur tour ont transmis certains aspects de la culture latine aux Ouzbèks. J’ai toujours rêvé d’aller un jour dans un hammam « à l’ancienne », où je pourrais connaitre l’art du massage et de la détente.

On aperçoit à gauche de la rue une coupole, qui est celle du hammam. Au fond, l'entrée du Marché à coupoles des Chapeliers.

On aperçoit à gauche de la rue une coupole, qui est celle du hammam. Au fond, l’entrée du Marché à coupoles des Chapeliers.

Hammam Bozori Kord

Une des nombreuses salles, avec la lumière du jour qui entre par le haut de la coupole

Une des nombreuses salles, avec la lumière du jour qui entre par le haut de la coupole

Avicenne, né près de Boukhara, le disait déjà, de bons bains doivent avoir un bon édifice, une température modérée, beaucoup de lumière, de l’air et de l’eau purs. Il existe dans la vieille ville un hammam réputé, ouvert depuis le 16e siècle à l’époque de l’Emir Abdullakhan. Vu de dehors, ce n’est qu’une petite porte d’une construction en brique, comme tant d’autres dans cette ville. Situé juste à coté du Toki Telpakfurushon, le marché à coupoles des chapeliers, le hammam (ou « hamom » en ouzbèk) est un lieu de passage, voire de pèlerinage obligé pour les voyageurs fatigués. Sachant que je voulais bien essayer un massage ouzbèk dans un hammam, notre guide Nassim me propose d’y aller avec lui en fin d’après-midi, juste avant de dîner. Ce hammam, réputé, est assez fréquenté, il faut donc prendre rendez-vous au préalable, tout en versant 10000 sum d’acompte. Il y avait un Français qui se faisait déjà masser au moment de réserver, et vu la tête de satisfaction qu’il avait, agrémenté d’un « aaah ça fait du bien », j’ai été irrémédiablement convaincu : c’est une des meilleures dépenses que je puisse faire en Ouzbékistan. Au total, pour une séance de hammam incluant le massage, il faut compter 50000 sum en 2011, soit environ 16 euros.

Le soir arrive, il est l’heure d’aller au hammam. La journée a été rude, avec beaucoup de marche et de soleil, et donc tout autant de fatigue et de sueur, qu’il faut évacuer. Le hammam est ancien, comme je vous l’ai dit, plusieurs siècles, et ça se voit.  Inutile de croire qu’ici nous avons des bains-douche à l’occidentale et le confort moderne ! La première étape consiste à laisser ses habits au vestiaire, de mettre une serviette sur les hanches et des sandales en plastique « made in Iran » aux pieds, et de se diriger vers un sauna, au bout de plusieurs petits couloirs et de petites salles, à chaque fois plus chaudes. Tout est en brique ancienne, il n’y a pas d’électricité, l’illumination est naturelle. Le sauna est une petite pièce octogonale avec plusieurs niches, jouxtant la pièce principale où nous sommes massés.

Vapeur d’eau

La vapeur entre dans la pièce par un trou d’une niche, et sort par une ouverture au milieu du dôme en brique. Dans les temps anciens, cette vapeur était obtenue en brûlant du bois, mais depuis, le XXe siècle est passé par là, c’est du gaz que l’on brûle désormais. La chaleur est conduite par des canalisations spéciales en céramique. Il fait vraiment très chaud. Notre but ici est de transpirer, de détendre les muscles par la chaleur et d’ouvrir les pores de la peau. Pour accélérer le processus, Nassim me conseille de me mettre debout dans une niche. Comme la vapeur monte, il fait plus chaud en haut du sauna qu’en bas, ce qui a pour effet de nous faire transpirer deux fois plus. Il faut rester dans le sauna au moins une dizaine de minutes. Je demande à Nassim de se faire masser en premier, comme ça je pourrais regarder, juste pour savoir ce qui m’attend. Pendant la séance de massage, le masseur demande d’ailleurs à Nassim de ne pas crier, pour ne pas faire fuir son touriste… Evidemment, mon guide préféré n’hésitera pas à crier, montrer des signes de douleur ou à rire des chatouilles.

Strong or soft?

Pour commencer, en sortant donc du sauna, on s’allonge, nu, sur une grande dalle de marbre, à plat ventre. La première étape du massage commence par le dos. Tant qu’il masse avec les doigts, tout est ok, on est contents et la vie est belle. A la question « strong or soft massage, mister ? », je réponds, sans l’ombre d’une hésitation, « strong ».  Je suis là pour ça, non ? J’ai vu le massage de Nassim, j’ai envie d’essayer aussi, et surtout, d’être aussi détendu que lui ! C’est à ce moment-là de mes pensées que le masseur attaque mon dos avec son coude. Cette partie de son anatomie, passant partout sur mon dos, fait mal. Mais c’est une bonne douleur, je vous garantis qu’on est très détendu quand ça s’arrête !

Temps d'attente dans le sauna.

Temps d’attente dans le sauna.

Technique de massage

Le corps entier est massé, de la tête aux pieds. Il n’y a guère que les joyaux de famille qui ne sont pas massés, ceci étant réservé aux épouses des massés, ça ne serait pas hallal. Le massage n’est pas qu’un simple passage des doigts ou du coude sur les muscles, loin s’en faut. Il consiste également dans une série d’extensions, de pliages d’articulations en tous genres. En bref, le masseur ouzbek nous démonte totalement, c’est le cas de le dire, pour tout remettre en ordre, os par os, muscle par muscle. Il utilise tout son corps pour faire son massage. Pour plier nos jambes, il se mettra debout sur l’intérieur de nos genoux par exemple. Pour détendre la colonne vertébrale, il lève successivement nos deux jambes, ou il tire sur nos bras.

Élongation des jambes, le masseur est assis sur le massé

Élongation des jambes, le masseur est assis sur le massé

Si vous avez des problèmes musculaires, je conseille vivement d’aller au hammam, et de faire un bon massage. Après le massage, le dos est enduit de miel et de gingembre. Pour que le gingembre pénètre dans le corps par la peau, il faut retourner un peu dans le sauna, en attendant la suite. La séance se termine alors par un passage sous différentes températures d’eau, de la plus chaude à la plus froide. Le masseur nous déverse une bassine d’eau chaude sur le corps, puis déverse des bassines d’eau graduellement moins chaudes, jusqu’à l’eau froide, ce qui surprend toujours.

On ne réalise pas encore tout à fait à quel point on est détendus, en sortant du hammam. Nos muscles sont reposés, notre peau, nos poumons et sinus sont nettoyés de fond en comble. C’est au moment de boire le thé vert avant de partir, dans la salle principale « de réception », qu’on sent qu’on est bien. L’agréable sensation de chaleur qui se dégage de notre dos, provoquée par le gingembre appliqué auparavant fini de nous détendre et on est prêts pour une nouvelle journée ! Je pense qu’il faudrait carrément commencer la visite de Boukhara par le hammam, une véritable expérience à vivre et qui a l’avantage de faire du bien aux pauvres touristes fatigués d’un si long voyage par la Route de la Soie…

Le masseur prend la pose pour la photo à la porte de son hammam :)

Le masseur prend la pose pour la photo à la porte de son hammam :)

Infos Utiles

Réservation d’hôtel à Boukhara



Booking.com


A découvrir aussi

Commentaires
Lire les articles précédents :
La Route de la Soie, voyage en Ouzbékistan
La Route de la Soie, voyage en Ouzbékistan

J’ai eu la chance de voyager dans l’un des pays les plus représentatifs de l’ancienne route des caravaniers venus faire...

Fermer