Le mausolée de Tamerlan : le Gour Emir de Samarcande
Tamerlan, conquérant pourtant impitoyable et sanguinaire avait aussi un côté raffiné, qui s'est exprimé dans l'architecture de sa capitale, Samarcande. Il fut bien aidé en cela par les nombreux artistes qu'il réquisitionnait aux pays conquis. Son Mausolée, novateur pour l'époque, a ainsi servi de modèle dans de nombreux ouvrages islamiques.
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Pourquoi Tamerlan avait une telle soif de conquêtes ? On ne le saura peut-être jamais, mais une piste nous est donnée lorsque nous contemplons le Gour Emir, le « tombeau du roi » en langue perse, son mausolée à Samarcande. Être le maître du monde a des avantages importants, comme par exemple être richissime, avoir le pouvoir de vie ou de mort sur ses sujets, et surtout, pouvoir s’entourer des meilleurs. Meilleurs artistes, meilleurs architectes, meilleurs bâtisseurs.
Un premier mausolée en toute modestie
Rien ne serait plus faux que de croire que Tamerlan voulait ainsi pouvoir s’offrir un mausolée mémorable. Malgré l’immensité de son pouvoir, il ne voulait pour lui qu’une tombe des plus modestes, une pierre avec son nom selon ses propres dires. Mais entre les dires et la réalité, il peut y avoir un monde de distance, comme nous allons le voir.
Le petit-fils de Tamerlan, Muhammad Sultan, fut chargé des travaux, le grand-père étant bien trop occupé à conquérir le monde et à administrer son vaste empire. En 1401, un premier mausolée commençait ainsi à sortir de terre, avec une madrassa (école coranique) et un khanqah (couvent) associés. Le mausolée est situé aux environs immédiats d’un autre mausolée, celui de Roukhabad, un édifice bien plus modeste datant du début du règne de Tamerlan.
Aujourd’hui, il ne reste rien d’autre que des ruines de la madrassa ou du khanqah. Les travaux furent interrompus en 1403 à la mort de Muhammad, tué en Perse pendant une des nombreuses campagnes guerrières de la famille.
Tamerlan, inconsolable à la mort de ce petit-fils adoré, décide alors de reprendre les choses en mains, et de la simple pierre avec son nom dessus, il va passer au gigantesque monument que nous pouvons voir aujourd’hui. Ce mausolée devenait alors celui de Muhammad Sultan, avant d’être celui de Tamerlan. Point de référence des architectes islamiques de toute la région et même bien au-delà, Gour Emir est le précurseur des grandes oeuvres mogholes, dont le Taj Mahal.
En Russie, la mosquée de Saint-Pétersbourg est l’un des meilleures exemples de cette inspiration, pour ne pas dire plagiat !
Ce monument, complexe et raffiné, est assez loin du mausolée de Chakhrisabz, sa ville natale, où l’on retrouve le tombeau de son fils Jehangir, un monument construit en toute simplicité. Il semblerait que Tamerlan avait prévu d’y fixer sa dernière demeure pour l’éternité, mais les splendeurs de Samarcande lui ont peut-être fait changer d’avis…
La raison officielle nous indique qu’à la mort de Tamerlan, les routes vers Chakhrisabz étaient enneigées, ce qui obligea à la solution de repli : l’utilisation du mausolée où reposait déjà son fils Muhammad Sultan.
Le dôme de Gour Emir
Les récits de la construction de Gour Emir sont légendaires, et on peut avoir du mal à distinguer le vrai du faux. Tamerlan, qui feignait la modestie, avait en fait très certainement la folie des grandeurs. Lorsque le dôme de Gour Emir fut terminé, le conquérant, le jugeant trop petit, le fit démolir et reconstruire dans des proportions bien plus monumentales.
Une histoire similaire nous est racontée par l’ambassadeur de Castille Ruy González de Clavijo à la cour de Tamerlan. Le monarque, irrité de voir que le portail de la mosquée Bibi Khanoum n’était pas assez imposant à son goût, le fit démolir et reconstruire également.
Ce qui est légendaire, c’est la rapidité de construction : le nouveau dôme de 32 mètres aurait été construit en à peine 15 jours. Difficile à croire, même si les ouvriers auraient travaillé jour et nuit.
Les tombeaux du mausolée
Les pierres que l’on peut voir aujourd’hui sont des cénotaphes : il n’y a pas de corps en-dessous. Les dépouilles mortelles de Tamerlan et des autres timourides, se trouvent dans une crypte toute proche. Lorsque l’archéologue russe Mikhaïl Mikhaïlovitch Guerassimov exhuma la dépouille de Tamerlan le 22 juin 1941, il ne déplaça pas la lourde pierre de jade, apportée de Mongolie par le petit fils de Tamerlan, le savant et souverain Ulugh Beg. Deux siècles auparavant, Nâdir, le chah de Perse, tenta d’emporter avec lui le tombeau du grand conquérant, mais renonça à son projet lorsque la pierre se brisa en deux. Il valait mieux laisser Tamerlan en paix, et il rendit alors la pierre au mausolée.
Pour l’anecdote, ce même 22 juin 1941, Hitler lance l’attaque contre l’URSS, confirmant ainsi l’avertissement inscrit sur le tombeau : « lorsque je reviendrai à la lumière du jour, le monde tremblera ». On imagine à peine la révérence que doivent avoir les ouzbeks envers ce mausolée depuis…
9 tombeaux sont présents dans le mausolée. On y retrouve bien sûr « Amir Temur », c’est à dire Tamerlan, mais également une partie de sa descendance, avec notamment ses petits-fils Ulugh Beg et Muhammad Sultan. En plus de la dynastie des timourides, on y retrouve le maître spirituel et ami du conquérant, Mir Said Baraka.
Le Gour Emir, une architecture unique
Si l’extérieur impressionne, l’intérieur reste gravé dans la mémoire. Le site est abondamment et richement décoré, tout en conservant une simplicité visuelle toute propre à l’architecture islamique.
L’influence persane est notable, l’architecte étant originaire de la ville d’Ispahan, mais riche des apports des quatre coins de l’empire. L’art timouride est ainsi un art métissé, chaque région ayant donné ce qu’il avait de mieux à Tamerlan et sa descendance. On retrouve cet art dans d’autres constructions contemporaines du Gour Emir, comme le mausolée de Ahmed Yasavi, dans la ville de Turkestan (Kazakhstan) ou la mosquée Bibi Khanoum, également à Samarcande.
La mort de Tamerlan en 1405 n’empêcha pas ses successeurs de constamment améliorer ce qui était leur mausolée à eux aussi. Ulugh Bek ajoutera ainsi une porte monumentale au mausolée.
Bazar de Siab, le marché de Samarcande
Samarcande permettait autrefois l’échange entre commerçants venus des quatre coins du monde. Le bazar de Siyob est un héritier de cette tradition…
La mosquée Bibi Khanoum de Samarcande
Pour embellir sa nouvelle capitale, Tamerlan voulu y construire un monument aussi grandiose que ce qu’il pu voir lors de ses nombreuses conquêtes.
Artisanat en Ouzbékistan
Chaque région du pays a sa spécialité, comme la céramique de Ferghana ou les couteaux de Boukhara.
Liab-i-Haouz, « au bord du bassin » à Boukhara
« Au bord du bassin » est un complexe d’édifices en plein centre de Boukhara, où les boukhariotes aiment se retrouver autour d’un thé ou d’un jeu de cartes.