Basilique Notre-Dame de Fourvière

La basilique de Fourvière, un monument de Lyon fort en Histoire

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« Spectaculaire », « grandiose », les adjectifs ne manquent pas pour caractériser la basilique Notre-Dame de Fourvière : ce monument est un incontournable de la Ville de Lyon, pour les locaux comme pour les touristes.

Surplombant depuis le XIXème siècle le centre historique du Vieux Lyon (classé au patrimoine mondial de l’UNESCO) du haut de sa colline, son histoire regorge d’anecdotes, que ce soit vis à vis de l’ancien forum ou des grandes épidémies de peste du XVIIème siècle parmi tant d’autres événements. Son architecture particulière, elle, divise aussi bien qu’elle rassemble.

Avec plus de deux millions de visiteurs chaque année, la basilique est la clé de voute de tout un ensemble historique et religieux basé sur la colline de Fourvière, surnommée à juste titre « la colline qui prie ».

Basilique Notre Dame de Fourvière, vue de la Saône.
Basilique Notre Dame de Fourvière, vue de la Saône.
Au premier plan en bas, la  Primatiale Saint-Jean de Lyon
Au premier plan en bas, la Primatiale Saint-Jean de Lyon, toute proche de la Basilique. Crédits photo : Fondation Fourvière
Basilique Notre Dame de Fourvière, façade occidentale
Basilique Notre Dame de Fourvière, façade occidentale. Sur la droite, la chapelle Saint-Thomas, surmontée par la Vierge dorée.

Localisation : colline de Fourvière

La colline de Fourvière est à l’origine même de la ville de Lyon, ou plutôt, de Lugdunum. C’est l’endroit choisi par Lucius Munatius Plancus pour fonder la nouvelle capitale des Gaules en 43 av. J-C. sur un site consacré au dieu celtique Lug. La basilique actuelle a été bâtie en un lieu qui est donc sacré depuis ces temps lointains, quand ce qui est aujourd’hui la France se nommait encore Gaule « chevelue ».

De ce passé romain, la colline de Fourvière a encore la chance de pouvoir nous montrer son antique théâtre. Le nom même de Fourvière dérive de « Forum Vetus », le Vieux Forum. L’endroit est stratégique. On domine toute la ville et la Saône, toute proche.

statue de la Vierge et tour de la basilique de Fourvière
Du haut de la basilique, on peut voir à gauche la statue de la Vierge. Tout en bas, on aperçoit le théâtre antique romain de Lyon. A droite, vue sur une tour de la basilique du haut des toits.

Aux origines de la basilique, la chapelle Saint-Thomas

Le caractère sacré « officiel » se perdra avec l’avancée du christianisme, le dieu Lug n’étant plus qu’un souvenir lointain. Cependant, en 1168, le chanoine Olivier de Chavannes fait édifier une chapelle en l’honneur de la Vierge Marie sur les ruines de l’ancien forum romain, « apud forum Veneris » (sur le forum de Vénus). On croyait au Moyen Âge que le forum avait été dédié à Vénus, ce qui se révéla être faux : il s’agissait du forum de Trajan.

A la mort de Thomas Becket en 1170, la décision est prise de dédier une nouvelle chapelle parallèle à celle de la Vierge à celui qui sera désormais connu comme Saint-Thomas de Canterbery. Canonisé en 1173, la figure du saint anglais avait marqué durablement les esprits de l’époque. Il faut dire que c’est l’archevêque de Lyon Guichard de Pontigny qui avait accueilli Saint-Thomas lors de son exil alors qu’il n’était encore qu’abbé de Pontigny.

L’importance de Fourvière est confirmée en 1189, un chapitre ayant été dédié à Thomas Becket par son compatriote anglais Jean Belles-Mains, successeur de Guichard de Pontigny à l’archevêché de Lyon.

En 1562, pendant les guerres de religion, les chapelles seront détruites par les huguenots, puis reconstruites.

Au XVIIe siècle, plusieurs épidémies de peste vont durement frapper la ville de Lyon, notamment en 1628, où la maladie fait des ravages. Pour faire face à ces pandémies à répétition, un cortège s’organise, après la décision d’effectuer un vœu. Les échevins implorent la Vierge et organisent à Fourvière des processions à Notre-Dame. Le cortège se déroule ainsi depuis 1643 tous les 8 septembre, jour de la Nativité de Marie, entre la Cathédrale Saint-Jean de Lyon et la Chapelle Saint-Thomas.

Le fronton de la façade nous montre une Vierge à l’enfant au centre. A gauche, une représentation du Voeu des Echevins de 1643. A droite, le Voeu de 1870, tenu par l’archevêque Jacques Ginoulhiac.
Sur cette gravure de 1820, le sanctuaire a un aspect très différent de ce qu'il est aujourd'hui.
Sur cette gravure de 1820, le sanctuaire a un aspect très différent de ce qu’il est aujourd’hui.

Au XIXème siècle, tout s’accélère. Le vieux clocher de la vénérable chapelle menace de s’écrouler. Il sera démoli en 1830 et la décision est prise de le remplacer. Après plusieurs années, la rénovation de cet édifice à trois étages se termine par la mise en place d’une coupole sur laquelle s’élève une statue monumentale de la Vierge, en l’honneur de son aide deux siècles auparavant. L’inauguration, initialement prévue pour un 8 septembre fut repoussée par une inondation. C’est finalement le 8 décembre 1852 que la statue sera présentée aux lyonnais, pour la fête de l’Immaculée Conception.

La Fête des Lumières de Lyon trouve précisément son origine ce jour-là. Ce 8 décembre au matin, un violent orage se déclare, risquant d’annuler à nouveau l’inauguration de la statue. Mais par chance ou par miracle, le ciel se dégage dans l’après-midi. Les lyonnais, heureux de pouvoir enfin inaugurer la statue, allument spontanément des lampions à leurs fenêtres. Depuis lors, la fête se reproduit chaque année le 8 décembre.

C’est dans ce contexte que la basilique Notre-Dame de Fourvière va voir le jour.

L'illumination de la basilique est soigneusement choisie.
L’illumination de la basilique est soigneusement choisie.
toit en ardoise
La couverture du toit est en ardoise. Crédit photo : Fondation Fourvière

Histoire de la Basilique de Fourvière

Les pèlerins se font de plus en plus nombreux et un agrandissement du sanctuaire est alors validé. Au départ, ce projet n’a pas pour but de construire un nouvel édifice, mais plutôt de mettre en place un processus de conservation et de sanctuarisation de la chapelle Saint-Thomas. En 1853, Le maitre d’œuvre chargé du projet meurt brusquement. Une nouvelle commission de Fourvière est formée, qui débouchera en 1856 sur le projet de construction d’une nouvelle basilique.

Le projet sera confié à l’architecte lyonnais Pierre Bossan. Fortement influencé par l’architecture byzantine qu’il découvrit lors d’un voyage en Italie, il présenta un projet qu’il avait déjà développé les années précédant sa nomination.

La nouvelle basilique est ambitieuse, trop au goût de certains responsables, qui lui reprochent ses clochers plus hauts que la statue de Marie de la chapelle Saint-Thomas. Entre recherche de financement, choix des matériaux et étude du sol, de longues années s’écoulèrent.

Le point de virage a lieu en 1871, à l’issue de la guerre franco-allemande. Les lyonnais, soulagés que leur ville fut épargnée par les affres de la guerre, sont désormais largement favorables à la construction d’une nouvelle basilique. Ce nouvel engouement permet de trouver les financements nécessaires.

Les travaux démarrent en 1873, sur les plans de Bossan, qui ne peut pas suivre le chantier pour raisons de santé. C’est son adjoint, Louis Sainte-Marie Perrin qui dirigera les travaux, toujours en étroite collaboration avec Bossan jusqu’à la mort de ce dernier en 1888.

L’église sera consacrée le 16 juin 1896, 12 ans après la fin du gros oeuvre, ne manquant plus qu’une partie des décors à terminer. Au 21eme siècle, le programme iconographique de Pierre Bossan n’est toujours pas achevé, et ne le saura probablement jamais…

L’église de Fourvière sera élevée au rang de basilique mineure par le pape Léon XIII le 16 mars 1897.

Vue du ciel de l'archange Saint-Michel.
L’archange Saint-Michel surveille la Primatiale et toute la ville.
La tour de la Chapelle Saint-Thomas avec derrière la basilique.
La tour de la Chapelle Saint-Thomas avec derrière la basilique.

Construction

La basilique aurait dû être plus grande. Mais pour en réduire les coûts, malgré le succès de la souscription publique pour la financer, ses dimensions seront réduites. De plus, le sol étant de très mauvaise qualité et instable, la basilique fut reculée de trois mètres. Cet état de fait a rendu la basilique bien moins impressionnante que ce qu’elle aurait dû être dans l’esprit de Bossan.

Le sous-sol lyonnais, composé de gneiss et de granite, n’est pas idéal. Bossan doit ainsi importer des matériaux extérieurs, qui puissent à la fois remplir leurs rôles mécaniques et respecter les symboliques architecturales.

Ainsi, son choix se porta sur le choin, une pierre calcaire utilisée dans les soubassements. Pour la superstructure, la pierre du Midi, un autre calcaire. Ces deux pierres sont blanches, comme la virginité de Marie.

Les deux entrées principales de la basilique. En haut, celle de l'église haute, et en bas, celle de l'église basse.
Les deux entrées principales de la basilique. En haut, celle de l’église haute, et en bas, celle de l’église basse. La blancheur de la pierre calcaire contraste avec les colonnes de la façade.

Pour les colonnes, c’est le granite local qui est choisi. Enfin, les voûtes sont en travertin, mais il est invisible, caché par les décors de la basilique. Certaines difficultés rencontrées à l’époque de Pierre Bossan peuvent faire sourire les architectes d’aujourd’hui qui ne connaîtront plus ce genre de problématiques. Il faut dire qu’à l’époque, pratiquement chaque choix de l’architecte pouvait être critiqué.

Ce qui était insupportable aux yeux des lyonnais était avant tout la concurrence que pouvait faire cette nouvelle basilique à la statue de la vierge Marie. Ainsi, le choix de poser une statue de l’archange Saint-Michel au sommet de la basilique et de l’abside était vu pratiquement comme un crime de lèse-majesté, la nouvelle statue pouvant détrôner celle de Marie…

La vierge dorée
La vierge Dorée. Crédit photo de droite : Fred Romero. On peut voir le blason du pape Pie IX en bas de la photo.

La charpente de la basilique devait d’abord être confectionnée en chêne. C’est en 1874 qu’on fit le choix du métal, plus léger et permettant l’installation d’une couverture en ardoise, moins chère.

Description

L’édifice mesure 86 mètres de long et 35 mètres de large.

plan du sanctuaire
Plan du sanctuaire de Fourvière

À l’extérieur, les quatre tours sautent aux yeux. Ces dernières mesurent 48 mètres et sont légèrement évasées à leur sommet. Tandis que certains admirent leur beauté, d’autre n’hésitent pas à se moquer de ce choix en faisant référence à « un éléphant renversé ».  Quoi qu’il en soit, outre l’aspect architectural pur, ces tours ont pour fonction de représenter les quatre vertus cardinales :

  • La tour nord-ouest représente La Force
  • La tour sud-ouest représente La Justice. C’est elle qui abrite le carillon et ses 23 cloches.
  • La tour nord-est représente La Prudence
  • La tour sud-est La Tempérance. Prévue pour recevoir un bourdon, elle connu diverses péripéties qui la privent de la plus grande des cloches.

L’influence architecturale que Bossan a voulu retranscrire fait encore débat aujourd’hui : certains parlent d’influences orientalistes lorsque d’autres parlent d’architecture de type sicilienne. La façade rappelle sans nul doute le style arabo-normande de Sicile tandis que les tours se dressent comme des minarets. On pourrait dire de notre part qu’il s’agit surtout du style de Bossan, avec des influences en vogue au XIXe siècle.

Parvis de la basilique.
Parvis de la basilique.

Sur la façade, un portail à trois arches est agrémenté d’un fronton triangulaire. La frise que l’on peut observer sur le fronton représente le Vœu des Echevins sur la gauche et le voeu de 1870.

Ce que l'on peut voir sur la façade occidentale
Ce que l’on peut voir sur la façade occidentale
Détail de la façade, avec les cariatides en haut, et deux des symboles des évangélistes en bas.
Détail de la façade, avec les cariatides en haut, et deux des symboles des évangélistes en bas.
Anges sur les murs.
Anges sur les murs.

À l’intérieur, la basilique laisse place à une architecture néo- byzantine. La basilique est composée de deux églises, superposées. Accessibles depuis le parvis, elles sont reliées entre elles par un escalier monumental, « l’escalier de la Sagesse », qui est ici peut-être la plus belle réalisation de Louis Sainte-Marie Perrin.

Le style néo-byzantin est ici évident.
Le style néo-byzantin est ici évident.
L’or est abondamment utilisé dans la décoration. Crédit photo : Fondation Fourvière

L’église basse, souvent désignée improprement de « crypte », se consacre principalement à la figure de Joseph. L’histoire de Joseph nous est ici contée dans l’iconographie de l’église. Il est ainsi représenté grâce à une grande statue de lui et de l’enfant Jésus. Les huit Béatitudes sont représentées par huit anges, tandis que sous l’autel de l’abside est sculpté une mort de joseph.

église basse de la basilique de Fourvière
Eglise basse de la basilique, vue d’ensemble. Crédit photo : Fondation Fourvière

Entre un grand nombre de décorations, se distingue également une illustration des sept péchés capitaux. La crypte impressionne principalement par les jeux de lumières et de couleurs provoqués par les vitraux et les mosaïques.

L’inachèvement de la basilique est ici plus visible qu’ailleurs, l’église basse n’ayant pas été prioritaire par rapport à l’église haute. L’intention première de Bossan était pourtant d’en faire le point d’entrée principal de la basilique. Le fidèle devait entrer par le côté sombre, représentant l’ignorance de l’Ancien Testament et de là continuer son chemin vers la lumière, présente dans l’église haute, symbolisant la révélation du Christ.

En s’approchant des parois de l’église, on s’aperçoit qu’y sont inscrites un très grand nombre de noms de communes, de villes. Il s’agit de toutes les paroisses qui ont contribué par leurs dons à la construction de la basilique.

Des concerts sont régulièrement organisés dans la basilique, comme ici devant la statue de Saint Joseph.
Des concerts sont régulièrement organisés dans la basilique, comme ici devant la statue de Saint Joseph.

L’église haute, le lieu de culte principal de la basilique, est composée de trois nefs et de huit chapelles latérales. Elle comprend une statue en marbre blanc de « La Vierge portant l’enfant Jésus », sculptée par un ancien élève de Bossan, Paul-Émile Millefaut.en marbre de Carrare. Il avait également été l’auteur de l’archange Saint-Michel que nous avons évoqué précédemment.

Intérieur de l'église haute
Intérieur de l’église haute. Crédit photo : Fondation Fourvière
La décoration néo-byzantine de la basilique resplendit de mille feux
La décoration néo-byzantine de la basilique resplendit de mille feux
Coupole richement décorée au dessus de la nef.
Coupole richement décorée au dessus de la nef. Crédit photo : Fred Romero

Les mosaïques représentent essentiellement les saints lyonnais, Jeanne d’Arc et la Vierge Marie. Une partie des éléments iconographiques de l’église sont aujourd’hui très polémiques. Certains courants de la chrétienté, considérés au XIXe siècle comme étant des hérésies y sont représentés. On y retrouve entre autres l’arianisme, le monophysisme et surtout le luthéranisme. Dans une volonté affichée de toutes les églises chrétiennes de tendre vers l’œcuménisme, représenter le mouvement fondé par Luther comme étant une « œuvre de Satan » n’est évidemment pas à l’ordre du jour. Face à l’impossibilité de retirer cette iconographie aujourd’hui problématique, une inscription a été ajoutée, exprimant la volonté des églises de « surmonter leur histoire douloureuse ».

Pour ceux qui chercheraient le grand-orgue de Fourvière, il faudra être observateur, seuls quelques tuyaux étant apparents de chaque côté du chœur.

mosaïque de Fourvière
Les mosaïques ont été pour la plupart réalisées après la mort de Bossan. Elles racontent la relation de Marie avec l’église et la France. Crédit photo : Fondation Fourvière
Grande mosaïque, représentant l'arrivée de Saint Pothin à Lyon.
Grande mosaïque, représentant l’arrivée de Saint Pothin à Lyon.
L’église haute, lors d’une importante cérémonie. Crédit photo : Fondation Fourvière
Visite de l'image de Notre Dame de Fatima
Visite de l’image de Notre Dame de Fatima

Informations pratiques

Si vous êtes intéressé par la visite de ce sanctuaire historique, la basilique est située à Lyon, dans le quartier de Fourvière, dans le 5ème arrondissement.

Pour accéder au site avec les transports en commun, il vous suffit de prendre le funiculaire à l’arrêt Vieux Lyon, situé sur la ligne D du métro. Pour les plus téméraires, la basilique est aussi accessible à pied en empruntant les fameuses marches de la colline de Fourvière.

L’adresse : 8 place de Fourvière, 69005 LYON.

Site officiel :  http://www.fourviere.org/


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